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#MonPostPartum ou reprendre une parole qui nous appartient

4.6
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En montrant nos vécus, nous reprenons une parole volée et invisibilisée par les nombreuses productions culturelles et médiatiques représentant des femmes accomplies dans la maternité. Donner à voir le Post Partum, c’est reprendre le pouvoir.


Je désirais mon bébé plus que tout. J’attendais sa venue avec un mélange d’impatience et d’appréhension. Ma sage femme m’avait très bien préparée pour l’accouchement et la grossesse. J’étais tellement bien préparée que je n’arrếtais pas de me demander pourquoi c’était aussi simple.

Où était le piège ?

Le piège, c’est moi qui prends ma fille dans mes bras à sa naissance et qui lui dis “C’est fini”. A cet instant, je ne savais pas que je venais de prononcer le mensonge qui lancerait #MonPostPartum.

Ce n’était pas fini. Ca venait de commencer.

On nous prépare à l’accouchement. On nous coach comme des guerrières, du moins lorsqu’on trouve une sage femme sympa qui rejoint nos valeurs : ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Oui, parce que ce n’est pas le sujet du jour, mais trouver une sage femme safe, à l’écoute, pas trop loin de chez soi : c’est impossible pour beaucoup de femmes. Idem pour trouver son lieu d’accouchement (cf. les nombreuses fermetures de maternités).

Revenons à nos ovaires : dans l’imaginaire collectif, l’accouchement, c’est le point culminant de la grossesse. Une fois que c’est passé, il n’y a plus que le positif.

C’EST FAUX. C’est nier toute la période du post partum qui comprend son lot de désagréments : fatigue, hémorroïdes, œdème, douleurs, déchirures, saignements…

J’avais deux escalopes de poulet entre les jambes

Le lendemain de l’accouchement, les sages femmes viennent me voir. On soulève mes draps, ma petite est au sein, je suis un vieux bout de rien rétamé dans son lit.

Je les entends chuchoter : “oh la pauvre, elle a la vulve oedématiée

Bon bah bien sûr que j’entends que j’ai la vulve SCIEE ! Je me suis dit “ça y est ! On m’a découpée sans me le dire, j’ai une ouverture latérale de la chatte”.

On ne me dit rien de plus. Je vais aux WC, j’essaye de pisser sans perdre un organe, sans trop pousser au cas où mes points sautent et là, en penchant un peu la tête … je vois la bête.

J’avais la vulve en chou fleur. Le truc avait éclaté comme du pop corn. Ma chatte avait triplé de volume pour offrir un sublime plateau de viande (bio s’il vous plait).

L’horreur.

Le déni. Non, ce n’est pas ma chatte. Ce n’est pas mon corps. Ce n’est pas moi.

L’angoisse. euh je vais rester comme ça toute ma vie ?

Bon, j’ai fini par comprendre qu’oedématiée voulait dire oedème et que j’étais juste gonflée comme un ballon de baudruche. Avec un peu de glace, ça passe. Et en effet, c’est passé.

Les suhis au thon

J’ai été privée de poisson cru pendant ma grossesse, toxoplasmose tu connais. Donc après 9 mois de sevrage, j’avais bien le droit de manger quelques suhis au thon, non ?

Bah non.

La simple vue des lamelles de thon rougies m’a immédiatement rappelée la bête. Le chou fleur. Le pop corn éclaté. J’avais l’impression de manger des bouts de chatte délicatement posé sur du riz.

Je suis restée végétarienne (jusqu’à avoir des problèmes de santé, mais c’est un autre sujet).

J’étais livrée à moi-même

Passé l’épisode des sushis, je me suis rendue compte de ma terrible solitude. Pendant 9 mois, j’ai été cajolée, bercée, dorlotée, sur-couvée, et là, boum, d’un coup, je me suis retrouvée livrée à moi-même.

Après l’accouchement, on vérifie un mois plus tard que tout est ok et puis basta. On n’a plus d’accompagnement, plus de suivi. Les rendez-vous sont pour les bébés.

Si t’es fatiguée, c’est normal. Si t’as mal, c’est normal. Si t’as envie de crever, c’est normal. Ah non, pardon, il faudrait peut-être s’inquiéter, en fait.

C’est la première fois de ma vie que j’allais voir une psy, parce que j’étais tellement mal que j’avais envie d’en finir. Je ne voulais plus voir personne, plus sortir, plus manger (ça me dégoûtait) quitter mon mec et lâcher mes études.

Une seule envie : mourir. Disparaître. Ne plus être. Ne plus.

Personne ne m’avait dit

Le Post Partum est une période de grande fragilité. On dépend entièrement des autres surtout quand l’accouchement a été compliqué. Nous avons besoin d’aide physique et psychologique.

Nous avons encore besoin d’être rassurées dans notre capacité à mère. Nous avons besoin qu’on nous écoute, que l’on cesse de nier nous douleurs et nos vécus.

Nous avons besoin d’un relaie stable : si nos mecs ne sont pas des aides solides qui sont capable d’assumer la charge mentale et la charge tout court que nous assumons au quotidien. Il faut les former, les inclure dans le processus de préparation au post partum.

Mais il faut aussi des aides à domicile. Des psychologues formé-es sur ces questions. Des praticien-nes de santé formé-es à l’allaitement.

Si j’avais été informée, préparée et accompagnée, rien de tout cela ne se serait produit (sauf peut-être le chou fleur). Le savoir, c’est le pouvoir. Le pouvoir de récupérer le contrôle de sa propre vie.

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2 commentaires

  • Séverine

    Tu as complètement raison. Il faudrait une aide à domicile pour le ménage, la bouffe, etc. qu’on a peine à assurer au début, surtout quand on allaite, avec un bébé petit dormeur, qui ne veut que le bras, mais pas l’écharpe,… bref, une psy pour toutes (au moins une séance pour asseoir que tout va bien, ou au contraire donner l’occasion de lever le voile). Tout ça devrait être systématique. Et pas dépendant de l’entourage (certaines sont super entourées, d’autres pas du tout). Mais bon, on va pas se mentir : ” les femmes sont des chochottes hystériques, faut les mater en les gardant sur le dos, en leur checkant la chatte tous les mois/années (suivant le soin), etc. Faut que le matos tienne la route pour assurer la reproduction, le reste est superficiel et inutile, faut se secouer… Etc… ” Toutes ces croyances nous viennent du siècle des Lumières quand le mâle dominant est venu dire aux femmes comment elles devaient faire (terrain préparé par l’Eglise qui brûlait régulièrement les sage-femmes comme des sorcières car c’était forcément leur faute si un bébé mourrait, de leur présence ou des soins qu’elles apportaient…). Et nos politiques ayant baignés dedans toute leur vie, je doute qu’ils fassent quelques choses. C’est tellement trop cher de prendre soin des gens, alors que c’est tellement mieux pour l’économie de prendre soin des financiers… Bref, c’est à nous d’assurer la sororité, merci internet de relier les bonnes volontés, même si ça fait pas le ménage et la cuisine, que ça prend pas le bébé dans les bras pour qu’on puisse se laver, ça n’apporte pas non plus 30 minutes de pause, etc. mais au moins on se sent moins seule 🙂 merci !

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