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Sexe asymétrique : poésie en prose

Aujourd’hui, je partage avec toi un petit texte plus littéraire, plus poétique et romancé que d’habitude. Je l’ai écrit il y a un an environ. C’est l’occasion pour moi de partager avec toi l’une de mes passions : l’écriture.


On récupère notre personnage, rue Sausson, dans une petite pièce assez blafarde. Le genre d’ambiance indiscrète qui met en valeur le moindre bouton. Elle lève la tête, gênée, un peu écrasée par la lumière. Elle demande « J’enlève mes chaussures ? ». Oui, c’est mieux.

Le carrelage est froid. Elle essaye de paraître à l’aise en feignant quelques sourires d’automate. Elle enlève sa culotte, son pantalon, l’inverse, elle a envie de pleurer. C’est un regard de trop sur un corps en construction encore fragile et pudique. Le lit, c’est un lit d’hôpital, avec des étriers en métal, comme des pierres brûlantes. Elle a l’impression d’avoir la tête en bas, tout son poids sur la tête, qui tambourine des vibrations acides.

Le long matelas du lit couleur atroce est froid, tout le mobilier dégage une génération de malaise.

La Grande Dame commence l’inspection. Elle attrape ses genoux, ceux-là qui refusent de s’écarter, mais détends-toi ! Tout va bien ! Notre personnage se force. Ouvre ses cuisses. Dévoile son sexe minuscule et ridicule. En bataille, après une journée d’école.

Là, elle n’entend que les bruits dans sa tête, parce qu’ils sont préférables à la réalité. La Grande Dame passe son doigt, tire, agite, analyse. C’est assez long. C’est assez pénible. Mais c’est nécessaire, parce qu’elle est malformée, bizarre, anormale.

fille sombre portrait
Image parKhusen Rustamov de Pixabay

Après les cours, en rentrant chez elle, elle s’est aperçue que ses lèvres n’étaient pas celles des manuels scolaires. Elle devait être monstrueuse, pourrie, dégueulasse. La perspective de la maladie ne l’effleurait pas. Seul ce moment d’exhibition la hantait. L’idée d’être touchée. L’idée d’être manipulée en son endroit le plus incompris lui lacérait le coeur.

C’est sa mère affolée qui avait tout de suite pris rendez-vous, son père avait dit « beeeurk ». Mais, elle, ne voulait pas. Elle s’était juste résignée.

L’inspection est terminée. Elle remet son pantalon, sa culotte, son bonnet, l’inverse. La Grande Dame s’assoit en face d’elle et de sa maman. Ce n’est pas grave. C’est juste une mal-formation.

C’est juste une malformation.

Elle est bizarre. C’est officiel. Elle est mal formée. Différente de toutes les autres. Unique. Exclue des femmes. Destinée à être privée d’amour et de sexe, parce que personne ne voudra de cette excroissance immonde. On rentre, dans la voiture, Tu pourras te faire opérer, tu sais. Oui, elle obligée, sinon elle ne sera jamais comme les autres filles de son âge. Merci, merci, de vous taire, de vous taire sur ce défaut. Ce Défaut.

Longtemps, elle écrit des larmes dans son journal intime, le cache à tous ses amoureux. Souffre en silence, parce que cette honte ne se dit pas. S’il t’aime vraiment il t’acceptera sale monstre. Ah oui… le prince charmant. Elle le cherche sans le trouver et finit par le trouver sans le chercher. C’est un homme, il a des grandes lunettes et une voix très douce, il est sur YouTube, il parle de cul. C’est la première fois qu’elle entend quelqu’un en parler, en parler aussi bien. C’est surprenant. Ça fait un bien fou. Elle n’est pas différente.

Elle est normale.

Son sexe est celui de millions d’autres femmes anonymisées par la société.

Découpés comme de la viande, tous ces sexes parfaits, lisses, symétriques, doux, bébé chèvre.

Ce sont ceux qui prônent un modèle unique, les monstres.

Les monstres, ce sont ceux qui nous vendent la chirurgie labiale comme la voie royale pour être désirables et désirées. Les monstres, ce sont ceux du cénacle de la Beauté Unique, qui transfigurent les actrices pornographiques, jolies lèvres parallèles.

On entend le Cri, au loin, de la nature mère : j’ai fait la femme aux lèvres imparfaites pour éduquer le monde à la différence.

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Un commentaire

  • Yann

    Les hommes qui n’aiment pas les lèvres dans toutes leurs différences n’aiment pas les femmes. S’ils préfèrent des lèvres amputées c’est qu’ils aiment la féminité amputée. S’ils veulent une femme-poupée, une femme-objet, ils n’ont pas à toucher de vraies femmes. Vivement le développement des robots sexuels pour qu’ils finissent seuls et ne se reproduisent plus, ayant tout ce qu’ils veulent entre leurs mains : du plastique.

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